Un déjeuner au bistrot ou des pâtes au supermarché ? Depuis 2022, le titre-restaurant permet de faire les deux. Une mesure d'urgence contre l'inflation que la proposition de loi attendue le 12 octobre à l'Assemblée nationale entend désormais pérenniser. Pour les restaurateurs, l'addition commence à peser lourd. Car le titre-restaurant est devenu un marché de plus de 10 milliards d'euros, qui aiguise les appétits.
En moins de quatre ans, les restaurants ont vu leur part des dépenses en titres-restaurant fondre de 46,5 % à 34,3 %, tandis que celle de la grande distribution grimpait de 22,4 % à 32,8 %. À la clé, 1,22 milliard d’euros de dépenses annuelles qui échappent désormais à la restauration. Le gouvernement défend une adaptation aux nouvelles habitudes alimentaires, notamment au télétravail et aux repas préparés à domicile. Mais faut-il pour autant transformer définitivement un titre destiné à financer le déjeuner des salariés en moyen de paiement pour toutes les courses alimentaires ?
Le double plafond pour sortir de l'impasse ?
Pour l’Umih, pas question de transformer définitivement le titre-restaurant en chèque pour toutes les courses alimentaires. Son opposition a été constante. Mais si son usage doit être élargi, la réponse tient en deux chiffres : 25 euros par jour dans les restaurants et les commerces alimentaires de proximité, 10 euros dans les grandes surfaces, pour les seuls produits alimentaires. Deux plafonds pour préserver le pouvoir d’achat sans sacrifier la restauration.
Un compromis défendu auprès de quatre ministres successifs, qui permettrait aux salariés de conserver une liberté d'utilisation sans pénaliser davantage la restauration indépendante. Le double plafond a déjà existé. Pendant la crise sanitaire, un plafond majoré, réservé aux restaurants, avait déjà été mis en place pour soutenir leur activité.
Autre enjeu que l’Umih met sur la table et rarement évoqué par nos interlocuteurs : le nombre de bénéficiaires. L'Umih demande d'encourager les entreprises à distribuer davantage de titres-restaurant et d'élargir l'accès au dispositif, dont bénéficient aujourd'hui quelque six millions de salariés.
Si la dématérialisation, la transparence des commissions, la simplification, la modernisation du titre-restaurant fait largement consensus reste la question qui fâche, celle de son utilisation. Le 12 octobre, c’est bien cette interrogation qui sera au menu des députés.