Un transfert économique déjà massif vers la grande distribution
En 2022, face à l’inflation galopante, le gouvernement avait autorisé, à titre exceptionnel, l’utilisation des titres-restaurant pour acheter des produits alimentaires en grande distribution, et pas seulement des repas prêts à consommer.
Quatre ans plus tard, cette dérogation est en passe de devenir la règle et le constat est sans appel : depuis 2022, la part de marché des supermarchés dans l’utilisation des titres-restaurant a bondit de 9 points, passant de 31,5 % à plus de 40 % en 2026.
Une hémorragie pour les restaurants, déjà fragilisés par l’inflation et la baisse de fréquentation. Près d’un milliard d’euros, c’est le manque à gagner estimé par l’Umih pour les restaurateurs. Par ailleurs, les titres-restaurant bénéficient d’un régime fiscal avantageux.
En élargissant leur usage aux courses alimentaires, l’État subventionne indirectement les supermarchés, au détriment des restaurants. « Ce n’est plus un titre-restaurant, c’est un titre-caddie, résume Franck Chaumès, président Umih Restauration. On transforme un outil de soutien à la restauration en chèque alimentaire, sans aucune étude d’impact sur les conséquences pour notre secteur. »
Pire encore, cette réforme ne concerne que 5,5 millions de salariés concernés, soit seulement 15 % de la population active. Et, dans un contexte de dette publique proche de 3 500 milliards d’euros, la question de l’efficacité et de la cohérence de cette dépense se pose nécessairement.
Une proposition alternative portée par la profession : le double plafond
Face à cette évolution, l’Umih propose une solution intermédiaire, l’introduction d’un double plafond d’utilisation des titres-restaurant différent en magasin et en restaurant, avec l’application d’une TVA identique. « Nous voulons le fixer à 25 euros pour la restauration, 15 euros dans la grande distribution. Ce n’est pas une nouveauté, cela avait été mis en place durant le Covid », insiste Franck Chaumes. Ce mécanisme permettrait de préserver une part dédiée à la restauration tout en encadrant leur usage en grande distribution. L’objectif est de maintenir l’équilibre initial du dispositif : soutenir le repas des salariés pendant la journée de travail sans organiser un transfert durable d’activité vers la grande distribution.
Autre point de discorde : l’usage des titres-restaurant le dimanche, pour tous les salariés. Une mesure présentée comme une "avancée pour le pouvoir d’achat" par Serge Papin, mais qui achève de détourner le dispositif de sa vocation première : financer le repas du midi en semaine. Conséquence : les restaurateurs traditionnels, souvent fermés le dimanche, perdront encore des parts de marché au profit des grandes surfaces, ouvertes 7 jours sur 7. « On nous laisse les miettes, poursuite le président Umih Restauration. Le gouvernement privilégie la grande distribution, alors que nous, on crée de l’emploi local et du lien social. Cette réforme est une question de cohérence des politiques publiques : peut-on, dans le même temps, reconnaître le rôle économique, territorial et culturel de la restauration et organiser le déplacement d’une partie de son activité vers la grande distribution ? »
C’est cette question que le Parlement devra trancher. De son côté, l’Umih a d’ores et déjà fait la demande d’une réunion avec chacun des émetteurs.