À l’approche de l’examen de la réforme des titres-restaurant au Sénat ce 3 novembre en commission des affaires sociales, nos organisations souhaitent vous alerter sur les conséquences économiques d’une mesure présentée comme favorable au pouvoir d’achat, mais qui pourrait fragiliser durablement nos restaurants, nos producteurs et nos filières agricoles et alimentaires.
Ne nous trompons pas de débat : derrière le titre-restaurant, c’est aussi l’avenir de toute une chaîne économique qui se joue.
Chaque jour, les restaurateurs font travailler des agriculteurs, des éleveurs, des maraîchers, des pêcheurs, des vignerons, des transformateurs et des grossistes. Ils constituent des débouchés essentiels pour la diversité de nos productions et participent à la vitalité économique de nos territoires.
Les grossistes alimentaires jouent, quant à eux, un rôle essentiel dans l’approvisionnement quotidien des restaurants, en assurant le sourcing, la traçabilité et la disponibilité d’une grande diversité de produits, ainsi que l’organisation des livraisons jusqu’au dernier kilomètre, partout sur le territoire, tout en intégrant les enjeux de responsabilité sociale et environnementale.
Les chiffres sont éloquents. Les approvisionnements en viandes de la restauration hors foyer sont estimés à 504 000 tonnes et 5 Md€ HT en 2024. À elle seule, la restauration commerciale indépendante achète près de 124 000 tonnes de produits de la mer pour 1,447 milliard d’euros HT (Sources : Gira et France AgriMer)
Faire du titre-restaurant un titre-caddie, c’est prendre le risque de détourner une partie de la consommation des restaurants et de fragiliser, par ricochet, les filières qui les approvisionnent.
Nous refusons que l’argument légitime du pouvoir d’achat masque les conséquences possibles d’un tel choix sur l’activité, l’emploi et les débouchés agricoles.
Il ne s’agit pas d’opposer la restauration à la grande distribution. Il s’agit de rappeler qu’un repas servi au restaurant fait vivre un écosystème économique différent, qui associe production, transformation, préparation, service, sans parler d’emplois de proximité et d’animations du territoire.
Nous défendons une solution simple et équilibrée : maintenir 25 euros d’utilisation quotidienne en titre-restaurant, dont 15 euros maximum dans les commerces alimentaires pour des produits directement consommables constituant un repas.
Cette proposition préserve le pouvoir d’achat des salariés, respecte la vocation du titre-restaurant et vise à protéger la diversité des débouchés de nos filières.
Ne laissons pas une mesure de pouvoir d’achat à court terme devenir un facteur de fragilisation économique à long terme pour nos restaurants, nos producteurs et nos territoires.
Nous appelons à ce que les conséquences de cette réforme sur l’ensemble de la chaîne alimentaire soient pleinement prises en compte dans vos travaux.