Le tourisme doit redevenir une priorité nationale

08/03/13

Dépêche AFP

Au lendemain d'un rapport reléguant la France au 7e rang mondial en matière d'attractivité touristique, l'Umih, principale organisation patronale de l'hôtellerie, alerte sur "l'urgence d'une vraie politique touristique et de promotion de la destination France".

"L'attractivité de notre pays n'est pas un acquis. Le tourisme est l'un des rares secteurs dont la contribution à notre économie reste largement positive. Il doit être considéré comme un levier de croissance et d'emploi", estiment les responsables de l'organisme, Roland Héguy et Hervé Becam, cités dans un communiqué.

Selon l'Umih, "le chiffre de 81 millions de touristes internationaux en 2012 cache une réalité beaucoup moins favorable : 14 % des touristes internationaux n'ont pas séjourné sur notre territoire, les autres ne séjournent pas assez longtemps et ils dépensent peu". "La France perd des parts de marché au profit de nouvelles destinations touristiques, qui ont fait de leur politique touristique une priorité nationale," s'inquiètent les professionnels.

Jeudi, un rapport publié tous les 2 ans par le Forum économique mondial (WEF) à Genève a classé la France au 7e rang mondial en matière d'attractivité et de compétitivité touristique, alors qu'elle occupait le 3e rang précédemment.

Selon les auteurs de l'étude, ce recul s'explique par le fait que la place du tourisme a "baissé dans les secteurs économiques prioritaires du pays".

Pour l'Umih, "ce rapport est un avertissement envoyé aux pouvoirs publics d'une part et aux professionnels d'autre part".

 

Article www.lefigaro.fr: "Dans le tourisme aussi, la France est moins compétitive"

Par Mathilde Golla Publié le 08/03/2013 à 08:21

Selon un rapport du Forum économique mondial, la France passe de la 3e à la 7e place mondiale en termes de compétitivité dans le tourisme. Une régression qui s'explique notamment par la faible implication politique dans ce secteur porteur d'emplois.

 La France perd de son attractivité et de sa compétitivité aussi dans le domaine du tourisme. Le pays a en effet dégringolé de la troisième à la septième place au classement 2013 du secteur du voyage et du tourisme établi tous les deux ans par le Forum économique mondial. Une mauvaise nouvelle pour l'Hexagone car le secteur pèse 78,5 milliards d'euros de chiffre d'affaires et 7% du PIB français.

Le palmarès dressé par l'institution met en concurrence 141 pays sur 75 paramètres différents, dont celui de la prise en compte du tourisme par les autorités. Et sur ce point la France régresse: le pays est classé 74e en matière de «priorité donné au secteur du tourisme». Le Forum économique explique que dans le contexte actuel de crise les autorités françaises semblent privilégier le secteur industriel au détriment de celui tourisme. Pourtant, aux yeux de Thea Chiesa, responsable du pôle transport aérien-voyage-tourisme du Forum économique mondial et co-responsable de l'étude, le tourisme «joue un rôle important dans la réponse apportée aux défis graves qui se posent sur le plan mondial, y compris le chômage des jeunes, le développement économique et la durabilité environnementale». À ses yeux, «le voyage n'est plus un luxe, c'est un secteur industriel».

«300.000 à 400.000 emplois sur cinq ans»

De même, contacté par Le Figaro, Didier Arino, directeur du cabinet Protourisme, déplore «un manque de vision politique globale sur le secteur du tourisme alors qu'il pourrait créer 300.000 à 400.000 emplois sur cinq ans au moyen d'une politique active». Le consultant spécialisé en marketing touristique souligne ainsi que l'Etat devrait «cultiver le savoir-faire de notre pays, positionner les territoires, raisonner en termes économiques ou encore favoriser les hébergements créateurs d'emplois comme l'hôtellerie». Même constat de l'Umih (Union des métiers de l'industrie et de l'hôtellerie) qui ne se dit «pas surpris» par cette conclusion du rapport. Le syndicat patronal «milite depuis longtemps pour la mise en place d'une vraie politique en faveur du développement touristique».

Le rapport du Forum économique explique également la perte de compétitivité de la France par le coût élevé de ses infrastructures. Sur ce critère, la France se classe cette année au 129e rang. L'institution basée à Genève souligne que le pays a perdu quelques places par rapport à 2011 en raison de son absence de compétitivité-prix. Notre pays «est handicapé par la lourdeur de sa fiscalité, mais aussi de son droit du travail», selon Thea Chiesa. Jean-Marc Rozé, secrétaire général du Syndicat National des Agents de Voyages (SNAV) s'étonne toutefois de ce constat. «Il n'est pas certain que les prix pratiqués en Allemagne, Royaume-Uni ou en Suisse soient plus compétitifs que ceux de la France», avance le spécialiste. De fait, la Suisse figure en tête du classement établi par le Forum économique. Elle est suivie par l'Allemagne, l'Autriche, l'Espagne et le Royaume-Uni. Plus globalement, le professionnel du tourisme se dit «surpris par les chiffres et le classement établi par le Forum économique qui, selon lui, mélange des chèvres et des choux».

Mais le tableau du secteur touristique français dressé par le Forum économique reste globalement positif. La première destination au monde par le nombre de visiteurs étrangers (plus de 81 millions en 2011) et la troisième - après les Etats-Unis et l'Espagne -pour les recettes (54,5 milliards de dollars), selon l'Organisation mondiale du tourisme, est saluée pour l'exploitation touristique de son héritage culturel où le pays est classé quatrième sur ce critère et pour la qualité de ses infrastructures, où la France décroche la troisième place.